Cossmannia 

Géologie Néogènique du Cotentin : anciennes exploitations

Exploitation des marnières de Hauteville, Néhou, Sainte-Colombe, Golleville, Fresville, Gourbesville, Reigneville, Rauville la Place (XIIème-XIXème siècle)

 

 

 

Situation des Extractions

 

Duhérissier de Gerville est le premier en 1813 à décrire les falunières et les marnières du Cotentin. Les différentes exploitations se trouvent sur un ensemble de communes qui s’étendent dans une direction Est-Ouest, depuis Saint Sauveur le Vicomte jusqu’à Fresville, en traversant une partie des communes de Saint Sauveur, Néhou, Sainte-Colombe, Golleville, La Bonneville, Rauville, Biniville, Régneville, Hauteville, Orglandes et Gourbesville.

-         Néhou : le gisement est situé à 250 mètres au Nord du Hameau de la Meslinerie. La première carrière d’extraction situé au nord a longtemps servi de décharge à la commune et elle est maintenant rebouchée. La deuxième située au sud vers le hameau présentait il y a encore quinze ans un front de taille de 10 mètres de hauteur permettant de voir partiellement le falun. Aujourd’hui les éboulements rendent très difficile les investigations.

-         Sainte-Colombe : le gisement est situé 200 m au sud-ouest du château du Quesnoy, presque au niveau du marais. Le front de taille était encore visible il y a quinze à vingt ans, mais aujourd’hui plus rien n’est visible, à cause les éboulements et des inondations hivernales de la carrière.

-         Golleville : le gisement est situé à 300 mètres au sud-ouest du village, sur la gauche du chemin allant au hameau  Le Coisel, à gauche de la rive du ruisseau qui se jette dans la Douve. Un four à chaux est encore là, sur le coté droit de la route, car la carrière exploitait à la fois les marnes mais également le calcaire pour fabriquer la chaux.

-         La Bonneville-Reigneville : Les deux carrières sont situées à 100 et 300 mètres au sud-ouest de la ferme des Fosses. Ces deux carrières servaient également à l’extraction des dalles calcaires qui ont servi notamment à la construction des bâtiments environnants. On peut notamment voir des fossiles dans les murs de la ferme Les Fosses.

-         Rauville-La-Place : le gisement est situé à 600 mètres au sud-est de l’église, à environ 200m à lEst du hameau de La Brummanerie. La carrière appartenait à M. De Gourbesville.

-         Biniville : nous n’avons pas retrouvé traces de ces exploitations.

-         Régneville : le gisement était situé à 150 mètres au Sud-Est de l’église, mais la carrière est maintenant rebouchée et plus aucune trace n’est visible

-         Hauteville : le gisement est situé à  l’Est et à l’ouest du château de la Basse Cour. Les falunières, célèbres parmi tous les paléontologues, ont servi à l’extraction de la terre à foulon, du calcaire à chaux ou des faluns selon les niveaux et les couches exploitées. Ce sont certainement les plus grandes exploitations du Cotentin, l’ensemble des exploitations occupaient une surface de presque 800 mètres de long sur 100 à 200 mètres de large et on voit encore aujourd’hui les trous remplis d’eau ou les anciennes exploitations, avec toute une série de fronts de taille.

-         Orglandes :  les deux gisements principaux sont situés à 250 mètres au sud-ouest du village, juste derrière le manoir de la Hougue et à 1 km au sud-est du village, immédiatement au nord du Hameau du Chef de la Ville.

-         Gourbesville : les gisements sont situés à 800 mètres au nord du village, à proximité du hameau de Beauvais. On peut observer encore aujourd’hui dans les prés qui bordent la route les anciens fronts de taille.

-         Fresville : le gisement principal était situé à flanc du coteau de la ferme de Vauville. Il subsiste encore un front de taille derrière la stabulation mais la couche riche en dents citée par les anciens auteurs a complètement disparu.

 

Origine des marnes et faluns

Les marnes et faluns sont d’origine Eocène, et ils ont fait l'objet d'une extraction intensive dans toutes les communes citées précédemment. Les couches de ce sable calcaire, parfois marneux, semble n’être qu’un amas de coquilles broyées.

Origines de la mise en extraction 

 

D’après Duhérissier de Gerville, ces dépôts sont connus dans le pays depuis des temps immémoriaux sous le nom de marnières ou marlières, nom qu’on leur donna au XII ème siècle. Le cartulaire de l’Abbaye de Saint Sauveur parle, dans un acte de 1221, d’une marnière située à Rauville dans laquelle un dénommé Roger de Karetot aurait été tué. La marne extraite de ces exploitations servait à fertiliser la terre, et les agriculteurs des environs venaient s’approvisionner dans les communes qui avaient la chance de posséder une exploitation. Cela explique pourquoi aujourd’hui encore on retrouve à plusieurs kilomètres de là des morceaux de fossiles, notamment de C.Cornucopiae, lors du labour. Vers 1850, la plupart des marnières sont depuis bien longtemps abandonnées et Bonissent dans son essai géologique sur le département de la Manche ne cite plus que les marnières de Hauteville, Gourbesville et Fresville comme étant encore en exploitation, qu’il dit de peu d’importance.

Extraction

Là encore Duhérissier de Gerville nous en donne la description au début du 19 ème siècle. La marne ou falun est généralement à fleur de terre nous dit-il, et cependant les ouvriers sont arrêtés souvent par les eaux à un mètre de profondeur. L’extraction est faite généralement durant les mois de septembre et surtout d’octobre, quand les pluies ne sont pas abondantes. Il est vrai que beaucoup des marnières sont situées à proximité des basses terres des marais, inondés la plupart du temps en hiver. Avec l’avènement des engrais modernes, l’exploitation de marnières est définitivement abandonnée au début de la seconde partie du XIXème siècle, comme nous l’indique Dollfus dans son étude de 1875 où il se plaint déjà de ne plus retrouver de traces des anciennes exploitations, pour la plupart comblées.

 

    

 

lundi 09 octobre 2006